Gouvernement minoritaire : qui peut faire tomber le PQ?
Avec 60 sièges sur 127, le Parti québécois gouverne sans majorité. Le calcul des voix montre pourtant qu’aucune opposition ne peut le renverser seule : il faudrait que les trois votent ensemble.
Le point de départ : 60 sur 127
Le gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon a été assermenté le 21 octobre 2026. Il s’appuie sur les 60 députés élus sous la bannière du Parti québécois, y compris celui de Vachon, confirmé par un dépouillement judiciaire. En face siègent 39 libéraux, 19 conservateurs et 9 députés de Québec solidaire.[1]
Être minoritaire ne veut pas dire perdre chaque vote. Cela veut dire que le gouvernement a besoin, à chaque vote important, qu’au moins une partie de l’opposition ne vote pas contre lui.
Le calcul : quelles oppositions peuvent l’emporter?
Si tous les députés sont présents et votent, voici ce que pèsent les combinaisons possibles face aux 60 voix du gouvernement :
- PLQ + PCQ + QS : 67 voix. C’est la seule combinaison qui dépasse le gouvernement.
- PLQ + PCQ : 58 voix. Deux de moins que le PQ.
- PLQ + QS : 48 voix, et PCQ + QS : 28 voix. Loin du compte.
Autrement dit, Québec solidaire, avec ses 9 députés, ne peut pas renverser le gouvernement à lui seul, mais aucun renversement n’est possible sans lui. Il suffit qu’un seul des trois partis d’opposition appuie le gouvernement ou s’abstienne pour que celui-ci survive.
Deux nuances. D’abord, la présidence de l’Assemblée nationale, qui n’était pas encore attribuée le 21 octobre, retire en principe une voix au camp dont elle est issue : selon la tradition parlementaire de type britannique, la personne qui préside ne vote qu’en cas d’égalité. Si elle vient du PQ, le gouvernement dispose de 59 voix, encore une de plus que le PLQ et le PCQ réunis. Si elle vient de l’opposition, c’est l’opposition qui perd une voix. La conclusion ne change pas. Ensuite, les absences comptent : un vote serré peut se jouer sur deux ou trois députés absents.
Quels votes peuvent faire tomber le gouvernement?
Tous les votes ne mettent pas le gouvernement en jeu. Le Règlement de l’Assemblée nationale limite la question de confiance à cinq situations :[2]
- une motion de censure, qui doit dire clairement que l’Assemblée retire sa confiance au gouvernement;
- la motion qui approuve la politique générale du gouvernement, après le discours d’ouverture;
- la motion qui approuve sa politique budgétaire, après le discours sur le budget;
- l’adoption d’un projet de loi de crédits, qui autorise les dépenses;
- toute motion sur laquelle le gouvernement a expressément engagé sa responsabilité.
Les oppositions peuvent présenter jusqu’à sept motions de censure par session.[2] En dehors de ces cas, le gouvernement peut perdre un vote, par exemple sur un projet de loi ordinaire, sans être obligé de démissionner.
Le premier test viendra avec le discours d’ouverture de la nouvelle législature et le vote sur la politique générale du gouvernement qui le suit.
Ce que montrent les précédents
Le Québec a connu trois gouvernements minoritaires avant celui-ci :
- 1878–1879. Les libéraux d’Henri-Gustave Joly de Lotbinière, avec 31 sièges contre 32 aux conservateurs, gouvernent grâce à deux conservateurs indépendants. Des défections redonnent le pouvoir aux conservateurs en 1879.[3]
- 2007–2008. Les libéraux de Jean Charest obtiennent 48 sièges sur 125, le premier gouvernement minoritaire depuis 1878.[4] Sans avoir perdu de vote de confiance, Jean Charest déclenche une élection le 5 novembre 2008 et devient majoritaire le 8 décembre.[5]
- 2012–2014. Le Parti québécois de Pauline Marois forme un gouvernement avec 54 députés. Il déclenche lui-même une élection le 5 mars 2014 et la perd le 7 avril.[6]
Dans les deux cas récents, la fin du gouvernement minoritaire est donc venue d’une décision du premier ministre, pas d’un vote perdu à l’Assemblée. Rien ne garantit qu’il en ira de même cette fois. Nous expliquons les règles qui encadrent la date de la prochaine élection dans Quand aura lieu la prochaine élection au Québec?
Ce que ça change concrètement
Un gouvernement minoritaire doit négocier. Pour faire adopter son budget ou ses grands projets de loi, le PQ aura besoin de l’appui, ou au moins de l’abstention, d’un des trois partis d’opposition. Chaque parti d’opposition devra aussi décider, vote après vote, s’il préfère obtenir des concessions ou risquer une élection anticipée.
Pour suivre qui représente votre circonscription, consultez la liste des 127 députés élus ou trouvez votre circonscription par code postal.
Sources
- Le Droit (21 octobre 2026), Voici les ministres du gouvernement du Parti québécois : assermentation, gouvernement minoritaire, présidence de l’Assemblée « en suspens ». Sièges : résultats d’Élections Québec, voir les élus sur 127QC.
- Assemblée parlementaire de la Francophonie, Recueil des procédures parlementaires : Québec, chapitre 8, d’après le Règlement de l’Assemblée nationale, articles 303.1, 304 et 304.1. Consulté le 22 octobre 2026.
- Wikipédia, Élections générales québécoises de 1878. Consulté le 22 octobre 2026.
- Wikipedia, 2007 Quebec general election (en anglais). Consulté le 22 octobre 2026.
- Wikipédia, Élections générales québécoises de 2008. Consulté le 22 octobre 2026.
- Wikipédia, Élections générales québécoises de 2014. Consulté le 22 octobre 2026.